Cycle Jeanne Moreau
Par sherazade • Le 20 janvier 2008 • Catégorie : Cette semaine“La femme est passionnée, l’actrice est passionnante. Chaque fois que je l’imagine à distance, je ne la vois pas lisant un journal, mais un livre. Car Jeanne Moreau ne fait pas penser au flirt mais à l’amour.”
François Truffaut.
Soixante ans de carrière : la grande Jeanne méritait bien un hommage ! C’est Arte qui le lui offre en lui consacrant un cycle : 3 monuments du cinéma français et un documentaire, on ne pouvait pas faire moins.
Jules et Jim - Lundi 21 janvier sur Arte
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Paris, 1907. Jules, étudiant autrichien, et Jim, étudiant français, se lient d’une amitié profonde. Traversant cette “belle époque” avec les mêmes goûts artistiques, littéraires et féminins, Jules et Jim partent ensemble dans le Midi et découvrent dans un champ de fouilles une statue dont le sourire les bouleverse. Ils le retrouvent avec émotion sur le visage d’une jeune femme rencontrée par hasard, Catherine. Devenue leur compagne de promenade, Catherine aime les deux garçons. C’est finalement Jules qu’elle épouse, sans jamais se détacher de Jim…
En 1955, François Truffaut (qui n’est encore que critique de cinéma) découvre un roman paru deux ans plus tôt chez Gallimard et passé inaperçu : Jules et Jim de Henri-Pierre Roché, dont il rend compte avec enthousiasme dans l’un de ses articles. La semaine suivante, il reçoit une lettre de remerciements de Roché et son deuxième roman, Deux Anglaises et le continent. Le chef-d’oeuvre réalisé par un cinéaste en état de grâce a totalement éclipsé depuis l’histoire de son inspirateur. Né en 1879 à Paris, Henri-Pierre Roché est un dilettante qui partage son temps entre les lettres, la peinture et les voyages. C’est lui, le Jim de l’histoire. En 1920, il rencontre l’écrivain autrichien Franz Hessel (qui sera Jules) et son épouse Hélène (qui sera Kathe dans le livre et Catherine dans le film), dont il s’éprend. Chacun écrit son journal, ses carnets, les lit, les fait lire, les commente : déjà le trio imagine le livre à tirer de ses amours. On ignora longtemps qui se cachait derrière Jules, Jim et Catherine. Ce n’est qu’à la mort de Hélène Hessel, décédée en 1982 à l’âge de 96 ans, que la véritable identité du trio fut dévoilée.
Un véritable numéro de comédienne offert par Truffaut à Jeanne Moreau et un film culte sur l’amour libre immortalisé par la chanson « Le tourbillon de la vie ».
Film - 20.40
Le Journal d’une femme de chambre - Dimanche 27 janvier sur Arte
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Célestine, tout droit venue de Paris, est engagée comme femme de chambre dans une famille bourgeoise de province. Avec sa fraîcheur et son caractère affirmé, elle attire tous les regards et perturbe le quotidien des lieux. Dès son arrivée, elle subit le mépris de la maîtresse de maison, une puritaine frigide et maniaque du rangement. Elle doit aussi affronter les avances du mari de celle-ci, dévoré de frustration, et se prête avec une certaine sérénité au fétichisme étrange du vieux père qui, ancien cordonnier, lui fait porter une paire de bottines qu’il encense. Un jour, une petite fille du village est retrouvée assassinée dans les bois. Persuadée de la culpabilité de Joseph, un domestique détestable qui milite dans un parti d’extrême droite, Célestine accepte de l’épouser pour pouvoir le démasquer.
En revisitant le thème maîtres-valets hérité des comédies de Marivaux, l’écrivain Octave Mirbeau rédige en 1900 le journal d’une soubrette relatant les comportements pervers de ses employeurs. Buñuel reprend, dix-huit ans après Renoir, les éléments-clés du roman qu’il transpose dans la société du début des années 30. Avec une précision incisive et une ironie noire, il dresse le portrait d’une bourgeoisie dégénérée, dans une société qui s’apprête à se jeter dans les bras de Pétain. Une violence latente s’exhale des vices des protagonistes, reclus dans leur bastion provincial. Célestine – lumineuse et trouble Jeanne Moreau – évolue ainsi parmi des êtres malsains, inquiétants, interprétés avec sobriété par des acteurs terriblement vrais. Un mal-être général que Buñuel transcrit en jouant également sur des effets de surréalité. Notamment en mettant en scène de manière métaphorique la scène du meurtre : dans les bois, un sanglier pourchasse un lapin qui tente de se réfugier sous un buisson. Dans le plan suivant, trois escargots errent sur une jambe d’enfant inerte…
Film - 20.40
La Mariée était en noir - Lundi 28 janvier sur Arte
Note : ![]()
Julie et David viennent de se marier. Mais alors qu’il sort de l’église au bras de son épouse, David est abattu d’une balle venue d’on ne sait où. Devenue soudain veuve, la mariée se lance à la recherche de l’assassin. Plusieurs hommes, pour leur malheur, croiseront son chemin…
Lorsqu’il réalise La Mariée était en noir, François Truffaut sort du demi-échec commercial de Farenheit 451 et travaille à son fameux livre d’entretiens avec Alfred Hitchcock. Ce film policier au casting de première classe se présente donc à l’auteur des 400 Coups comme une manière possible de retrouver le succès, tout en lui donnant l’occasion de rendre hommage à l’un de ses réalisateurs favoris. De fait, aucun film du cinéaste n’a été aussi ouvertement influencé par l’oeuvre d’Hitchcock, aussi bien dans l’atmosphère que dans la direction artistique, jusqu’à la musique signée Bernard Herrmann, compositeur attitré du maître. Le film rencontra le succès, ce qui permit à Truffaut de se lancer dans la saga Doinel. Dans La mariée était en noir, plus que les meurtres successifs des assassins du mari, c’est la relation de Julie avec le dernier d’entre eux, Fergus, qui semble avoir vraiment inspiré Truffaut. En plaçant le dénouement de l’histoire au milieu du film, il peut se consacrer entièrement, dans la seconde partie, à l’étude de cette relation avec un personnage masculin beaucoup plus proche de lui, jusqu’à une fin aussi brillante que surprenante. Les liens que tissent l’amour et la mort ont toujours intéressé Truffaut, qui livre ici sa vision personnelle de la femme fatale, entourée d’hommes lâches et immatures. On n’oubliera pas Jeanne Moreau, fantomatique et vénéneuse, dans le rôle d’une mariée qui n’est pas sans évoquer l’héroïne vengeresse de Kill Bill de Quentin Tarantino.
Film - 21.00
Jeanne M. côté cour, côté coeur - Dimanche 27 janvier sur Arte
Elle est une légende vivante. Star essentielle du cinéma depuis un demi siècle, Jeanne Moreau a été l’actrice et la muse de Louis Malle, François Truffaut, Luis Buñuel, Orson Welles, mais aussi l’alliée des jeunes réalisateurs. Elle fut l’amie des artistes et écrivains – André Gide, Pablo Picasso, Henry Miller, Anaïs Nin, Jean Genet, Jean Cocteau… À la ville, elle fut l’égérie du couturier Pierre Cardin, l’épouse du réalisateur de L’Exorciste, William Friedkin… Portrait de cette femme énergique, fragile et passionnée. Les liens d’amitié très forts qui unissent Jeanne Moreau et Josée Dayan ont permis à la réalisatrice de suivre et de recueillir, en toute liberté, les impressions et les confidences de Jeanne Moreau sur sa carrière et ses projets. Souvent seule (sans équipe technique), la caméra de Josée Dayan se fait discrète pour témoigner d’une vie de passion et livrer, en toute pudeur, quelques secrets d’un parcours mythique. La démarche de Pierre-André Boutang est plus classique et complémentaire : face à l’immense comédienne et dans le cadre d’un grand entretien, il interroge et commente les temps forts d’une carrière hors norme. C’est Jeanne Moreau qui a souhaité une telle construction et c’est cette participation qui donne à ce portrait toute sa force et son caractère inédit : le portrait de Jeanne Moreau par elle-même en quelque sorte.
Documentaire - 22.20
