Critiques télé

Si j’aime pas, c’est que c’est pas bien

La boucle est bouclée

Par sherazade • Le 15 novembre 2007 • Catégorie : Film

Eyes Wide Shut - Jeudi 22 novembre sur Arte

Note :

eyeswide.jpgDix films et un documentaire : quand Arte rend hommage à Kubrick, elle ne fait pas les choses à moitié ! C’est la quasi totalité de sa filmographie qu’elle a présentée en l’espace d’un mois, et tous les cinéphiles du pays lui en seront reconnaissants. Le cycle se clôt ce soir, logiquement, sur la dernière réalisation du maître, Eyes Wide Shut, un hymne baroque à la sensualité nimbé d’angoisse existentielle.

Quand on se représente Kubrick, on voit d’abord et avant-tout, un œil, gigantesque et omniscient, un œil à même de déshabiller n’importe qui jusqu’à l’âme, jusqu’à l’os. Ce n’est pas un hasard si ce génie a commencé comme photographe : son sens de la mise en scène n’a d’égal que sa perfection esthétique. Des qualités immenses pour un réalisateur, secondaires pour un être humain. Si le cinéaste a gagné l’admiration des spectateurs, l’homme s’est souvent défini par sa mégalomanie et son mépris des autres. L’écrivain Jim Thompson avait cru trouver enfin le salut financier en travaillant sur L’Ultime Razzia, espérant que sa collaboration avec Kubrick lui ouvrirait les portes d’Hollywood. Il n’en fut rien, le réalisateur s’étant attribué tout le mérite en l’évinçant purement et simplement du générique, malgré l’excellence de ses dialogues. Et, si l’on peut considérer Shining comme l’un de ses meilleurs films, il s’agit malgré tout de l’une des pires adaptations de l’histoire du cinéma, en ce sens que l’intrigue et les thématiques de Stephen King ont été jetées aux orties et remplacées par la vision qu’en avait le cinéaste. De quoi se sentir trahi… Un film de Kubrick, c’est un film uniquement de Kubrick. Celui-ci n’acceptait aucune interférence avec l’idée qu’il s’en faisait, et ne laissait, en conséquence, aucune miette de mérite à autre que lui. “Je est un autre” disait Rimbaud, et une fois encore, on constate l’importance de la dissociation entre l’artiste et son art.

Eyes Wide Shut a, quant à lui, remporté la quasi-totalité des suffrages de la critique. Esthétiquement, Kubrick est au sommet de son art : chaque image est un véritable tableau, et sa scène orgiaque, à elle seule, pourrait figurer au Louvre tant la lumière, la composition des images et, plus globalement, la photographie sont parfaitement maitrisées et précises. Le propos est plus confus : s’immisçant dans la vie d’un couple bougeois bien sous tous rapports, le metteur en scène entraîne son héros dans une fuite en avant désepérée, à la poursuite de sa jeunesse oubliée, de l’heureux temps de l’insouciance et de l’irresponsabilité, le confrontant à la routine qu’est devenue sa vie. Nicole Kidman, plus belle que jamais, arbore une sensualité un rien désabusée qui lui sied comme un gant. Seul problème, l’ennui qui ronge peu à peu le quotidien de ces personnages en mal d’action gagne aisément l’auditoire. A force de langueur, on s’engonce dans la longueur. Au final, nous voilà en train de regarder ce film comme une exposition, celle d’un peintre se demandant ce qu’il a donc fait du temps qu’il lui était alloué. Et l’on a presque envie de le prendre par la main pour le lui montrer…

 

Film - 20.40

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