Critiques télé

Si j’aime pas, c’est que c’est pas bien

Jamy, la science à la baguette

Par sherazade • Le 20 décembre 2007 • Catégorie : Interview

C’est pas sorcier - Le 23 décembre sur France 3

sorcier.jpgQuel est votre cursus, et comment êtes-vous arrivés à c’est pas sorcier ?

C’est pas sorcier est parti d’une idée de Fred, Bernard Gonner et moi-même. Après un bac littéraire, j’ai commencé des études de droit puis une formation de journaliste. Au départ, je ne me destinais pas du tout à la télévision, du moins pas devant la caméra. J’aimais beaucoup le terrain, ainsi que la radio (j’ai travaillé sur Radio France). En 1989, je suis parti dans les pays de l’Est, où j’ai réalisé de nombreux reportages et documentaires. C’est grâce à cela que j’ai rencontré Fred, qui était alors rédacteur en chef d’une chaîne de télé médicale. Ensemble, nous avons ensuite animé Fractale sur France 3, une émission scientifique destinée au teenagers. C’était une émission comme les autres, jusqu’à ce que la chaîne se mette en tête de revoir le concept pour la rendre plus pédagogique. C’est comme ça que, peu à peu, est né C’est Pas sorcier.

 

Vous venez du monde du reportage, retrouvez-vous les même émotion dans C’est pas sorcier ?

Complètement ! C’est la même démarche. On part d’un thème et on déroule le fil d’Ariane jusqu’à tout comprendre, en essayant de se poser le plus de questions possibles. Bien sûr, le terrain me manque parfois, mais j’ai de bons camarades qui m’emmènent parfois dans leurs valises.

 

Beaucoup d’adultes suivent C’est pas sorcier. En tenez-vous compte lors de la conception des émissions ?

Notre cœur de cible, pour utiliser le jargon du métier, ce sont les ados, mais on ne tient pas de propos infantiles. Nous ne nous posons jamais la question en termes d’âge, peu nous importe que le spectateur ait 10, 15, ou 95 ans. Nous nous adressons à un public curieux, qui ne sait pas et qui veut comprendre. Nous cherchons simplement à apporter les réponses de manière claire.

 

Vous êtes-vous déjà cassé les dents sur un sujet ?

Certains sont plus difficiles que d’autres, mais nous ne nous sommes jamais arrêté en cours de route. Quand un sujet arrive sur la table, il a déjà fait l’objet d’une pré-enquête, il a sa raison d’être, et nous savons s’il sera possible de le traiter ou pas. Bien sûr, certains nécessitent beaucoup d’inventivité… Nous traiterons bientôt Mars, mais il va être difficile d’envoyer Fred dans l’espace ! Il faut alors trouver des solutions au cas par cas.

 

L’émission connaitra-t-elle de nouveau les honneurs du prime ?

J’espère. On y réfléchit et je crois que nous ne sommes pas les seuls. Notre premier prime a eu lieu en 1999. A posteriori, et à titre personnel, je pense que nous étions un peu jeunes, nous n’avons pas mesuré les enjeux. On manquait de maturité, et puis tout s’est fait dans la précipitation. Ceci dit, nous n’avons pas à rougir de l’émission, je pense juste que nous aurions pu faire mieux, et que nous ferions mieux aujourd’hui.

 

C’est pas sorcier traite souvent d’écologie. Avez-vous le sentiment de faire progresser les nouvelles générations ?

Je pense que nous participons à la formation sur l’état de la planète et sur comment éviter qu’elle ne devienne un vaste champ de bataille. Dans C’est pas sorcier, l’écologie est évoquée chaque fois que l’occasion se présente, à travers des questions transversales, et non de manière isolée. Cela permet de montre à quel point le sujet est vaste, mais aussi que c’est une question de chaque instant, qui touche à chacun de nos gestes au quotidien.

 

sorciernoel.jpgParlez-nous du C’est pas sorcier consacré au Père Noël…

J’ai adoré faire cette émission. À partir du Père Noël, nous avons pu montrer comment, depuis la nuit des temps, l’homme observe la mécanique céleste, comment il a compris qu’à cette époque de l’année, les jours s’allongeaient de nouveau. C’est la saison du renouveau, des Saturnales romaines. La fête de Noël, comme on la célèbre aujourd’hui, est la descendante d’une longue histoire, de nombreuses traditions que l’on a réintégré dans notre culture.

 

Echangeriez-vous les rôles avec Fred ?

On est bien dans nos personnages, nous ne nous les sommes pas distribué par hasard. Bien sûr, on pourrait se remplacer mutuellement à l’occasion, mais on est bien comme ça.

 

Comment parvenez-vous à vous glisser sur les sites industriels ou “sensibles” ?

C’est pas sorcier est devenu une marque de crédibilité. Quand nous avons voulu expliquer le fonctionnement d’une centrale nucléaire, par exemple, EDF nous a fait confiance parce qu’elle savait que nous ne brandissons pas d’épouvantails, mais que nous expliquons des faits. Bien sûr, elle se doutait que nous allions parler des dangers du nucléaire, mais elle connaissait l’émission, et savait que nous détaillerions aussi les pourquoi et les procédures de contrôle prises sur place. En revanche, nous n’avons jamais accepté de fournir un scénario avant le tournage.

 

volcan.jpgLe sujet qui vous a le plus marqué ?

Un souvenir que j’ai partagé avec Fred, preuve que je suis bien parfois sur le terrain. Lors de notre émissions sur les volcans, nous avons assisté au réveil de l’Etna. Nous avons passé la nuit avec des vulcanologues au pied du cratère, dont jaillissait une fontaine de lave de 500 m de haut. C’était gigantesque et magnifique.

 

Quel téléspectateur êtes-vous ?

Quand on fait de la télé, on n’a pas le temps de la regarder… Ceci dit je suis un spectateur éclectique : je peux tout apprécier si c’est bien fait, de la fiction au documentaire. J’avais suivi Les Rois maudits et Guerre et Paix. Je peux adorer un documentaire et en détester un autre sur le même sujet si le cadrage est mal fait… En revanche, je n’accroche pas aux sitcoms et à la télé-réalité.

 

La nouvelle politique culturelle mise en place par Patrick de Carolis sur France télévision a-t-elle eu une influence sur C’est pas sorcier ?

L’émission s’intègre à merveille dans ces grands travaux. Je suis à 100 % pour cette politique qui œuvre à prouver que la culture n’est pas forcément chiante ! Je déplore souvent cette idée, peut-être propre à notre ascendance latine, que culture et science ne font pas bon ménage. C’est pas sorcier apporte la connaissance, c’est donc une émission culturelle.

 

Magazine - 16.25

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