La Commune
Par sherazade • Le 25 novembre 2007 • Catégorie : SérieLa Commune - Lundi 26 novembre sur Canal+
Note : ![]()
Depuis longtemps, Canal+ ne cache plus ses rêves de grandeurs : la chaîne s’imagine très bien en HBO à la française, et ses récentes séries de prestige (Mafiosa, Reporters, Sécurité intérieure etc.) tendent à appuyer ces ambitions. Réalisation soignée, castings de choix, on fait les choses en grand ! La Commune s’inscrit dans la droit ligne des précédents essais : après la mafia, le journalisme et le renseignement, c’est au tour de la banlieue d’être au cœur des intrigues.
Bienvenue à La Commune …
La cité qui détient tous les records en matière de chômage, trafic de stupéfiants et criminalité.
Après vingt ans passés en prison, le charismatique leader musulman Isham Amadi décide de réintégrer son quartier d’origine où il retrouve son ami d’enfance, devenu le caïd local, Housmane Daoud.
Les habitants de La Commune viennent d’apprendre que les immeubles vétustes dans lesquels ils résident seront rasés pour faire place à de nouveaux logements. Soupçonnant là une manœuvre des autorités pour nettoyer la cité de ses éléments les plus “nocifs”, certains habitants, rassemblés autour d’Amadi, organisent la résistance.
Mais derrière cet affrontement politico-médiatique se profile une guerre de territoire larvée et meurtrière : celle que se livrent les deux frères ennemis Daoud et Amadi, liés par un crime vieux de vingt ans.
Plus que jamais, à La Commune, le seul jour facile c’était hier…
Clin d’œil trop appuyé ?
L’idée de départ de La Commune ne manque pas de richesse. Loin de toute angélisme, la fiction s’appuie sur des personnages complexes et sur un découpage au scalpel. Isham Amadi, l’ancien prisonnier converti (il s’appelait autrefois François Lazare) et reconverti (reconnu coupable de meurtre, il se veut à présent leader d’opinion), bouleverse la vie de son quartier par son retour inattendu. Malheureusement, il n’est pas sans évoquer un autre personnage, sorti tout droit d’une série HBO justement : Karim Saïd, l’un des héros de l’extraordinaire Oz. Et la ressemblance ne s’arrête pas là ! Tomer Sisley incarne, quant à lui, Hocine Zemmouri. Coiffeur à domicile pétri de sagesse, ce personnage ambigu a un rôle double : outre sa fonction au sein de l’histoire, il est aussi le narrateur extérieur, qui, à la manière du coryphée grec, en off, commente la situation en la replaçant dans un contexte plus général et nous offre une analyse sociale à la fois pertinente et personnelle. Comme dans Oz donc, où le matricule 95H55, alias Augustus Hill laissait son esprit s’évader de la prison qui le retenait pour nous proposer données concrètes et réflexions sur le système carcéral américain. Entendons-nous bien, ces ressemblances ne remettent absolument pas en cause la qualité de la série, mais son originalité en prend un vieux coup, même si des “créations” comme Prison Break, par exemple, pillent avec beaucoup moins de finesse le même ancêtre. L’hommage prend parfois des relents de plagiat, que seule la qualité du scénario est à même de faire oublier. L’interprétation, elle, est assez inégale. La performance de certains acteurs côtoie joyeusement l’amateurisme, desservant ainsi la dureté inhérente à l’histoire. D’autres, au contraire, sont véritablement investis par leur personnage. Du tout, résulte un sentiment d’insatisfaction, la conviction que l’on est pas passé loin d’une grande série, mais que l’itinéraire pour y parvenir était néanmoins faussé dès le départ. La Commune happe malgré tout le spectateur dans son suspense âpre, et se regarde avec plaisir.
Série - 20.50
