Où y’a de la gégène…
Par sherazade • Le 14 novembre 2007 • Catégorie : DocumentaireInfrarouge - Jeudi 22 novembre sur France 2
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Juillet 1962 : la Guerre d’Algérie s’achève, mettant fin à un bain de sang qui a duré huit ans.
Mars 1962 : quatre mois avant la fin officielle du conflit, et dans le sillage des accords d’Evian, des décrets d’amnistie interdisent les poursuites contre les auteurs de violence des deux camps. Une mesure qui vise à éviter les procès et à permettre un prompt rétablissement de l’ordre, mais qui interdit aux victimes de réclamer justice.
Jean-Marie Le Pen n’a jamais nié sa participation militaire à cette guerre. Sa supposée implication dans les tortures perpétrées par les services de renseignements français soulève, en revanche, bien des questions. Début 57, le futur leader du Front national est un jeune et turbulent député, membre du mouvement populiste et nationaliste de Pierre Poujade. Il a été engagé volontaire en Indochine, deux ans plus tôt. Il remet ça et rejoint, comme lieutenant, le 1er Régiment étranger parachutiste à Alger. Par solidarité avec les jeunes appelés, pour voir ce qui se passe et aussi tout simplement par conviction : il est pour l’Algérie française et entend défendre l’empire colonial là où il est menacé. C’est le début de la “bataille d’Alger”, de sinistre mémoire. Face à la surenchère de violence – attentats sanglants des partisans de l’Algérie française, bombes meurtrières posées par la résistance algérienne dans les cafés et restaurants – l’armée reçoit (de Jacques Lacoste, ministre résident en Algérie), en même temps que les pleins pouvoirs, la mission d’écraser le FLN. Dans ce contexte, rappelle l’historien Benjamin Stora, l’utilisation de la torture va être “massive, rapide et généralisée”.
Mustapha Merouane avait 20 ans, Mohamed Abderaoui 27, Abdelkader Amour 17, Mohamed Boulay 12. Les plus âgés militaient pour le FLN, distribuaient des tracts, portaient des messages. Ils racontent les mêmes horreurs : la descente des paras au petit matin, les interrogatoires, à leur domicile ou au Fort-l’Empereur, sur les hauteurs de la ville. Le corps ligoté sur un sommier métallique, des fils électriques dans le sexe, les orteils, les oreilles, le supplice de l’eau, les passages à tabac… Tous nomment le même homme, qui dirigeait ces séances de torture : Jean-Marie Le Pen. Lequel, aujourd’hui, balaie les accusations d’un revers de la main, s’amusant à imiter l’accent algérien : ici ou là, à la Casbah ou à Fort-l’Empereur, “comme Sarko, comme le diable, j’étais partout !”
La réaction du politicien n’a pas toujours été si épidermique : à son retour d’Algérie, il a laissé courir les accusations sans sourciller, et ce jusqu’à ce que ses premiers succès électoraux, en 1983. Le passé devient alors gênant, et Jean-Marie Le Pen engage procès sur procès, attaquant toute personne évoquant sa participation à des interrogatoires qu’il qualifie de “moyens de coercition physique, plus intimidants que réels”. “Des choses sans conséquences physiologiques”, “Sur le coup, ça fait mal mais, après, c’est fini”. Problème pour le leader d’opinion : si les décrets d’amnistie empêchent les victimes d’attaquer leurs bourreaux, ils lui interdisent également de prouver l’innocence qu’il clame à grands cris.
Ce soir, le documentariste José Bourgarel reprend le dossier. Parti à la rencontre d’anciens membres du FLN et de l’OAS, il confronte les témoins des deux camps, sous le regard du principal intéressé, un ancien présidentiable dont on va peut-être, enfin, connaître le véritable passé.
Documentaire - 23.00
