Critiques télé

Si j’aime pas, c’est que c’est pas bien

Michael et moi

Par sherazade • Le 15 novembre 2007 • Catégorie : Documentaire

Michael Moore, polémique système - Mardi 20 novembre sur Canal+

Note :

moore.jpgDebbie Melnyk et Rick Caine, journalistes et réalisateurs, étaient partis pour faire une biographie classique de Michael Moore, motivée principalement par leur admiration pour le cinéaste. Mais ce qu’ils ont découvert au fil de leur enquête les a finalement poussé à décortiquer et mettre à plat le phénomène du documentaire engagé.

Quant on se penche sur la production de Michael Moore, la première question qui vient à l’esprit est “qu’est-ce qu’un documentaire ?”. Ce genre cinématographique se veut objectif : il témoigne de la réalité qu’il filme sans intervenir sur le fil des événements. Dès lors, peut-on parler de documentaire quand Roger et Moi, le premier succès de Moore, décrivait la détresse régnant à Flint, Michigan, lors de la fermeture de l’usine General Motors ? Avec un tel pitch, rien ne l’empêche, mais si l’on ajoute en fil conducteur un cinéaste tentant d’obtenir un rendez-vous avec le PDG de la dite entreprise sans jamais y parvenir, difficile de ne pas constater l’interventionnisme de l’auteur…

Dès lors, l’incompréhension s’installe. Michael Moore est devenu la figure de proue de l’opposition politique américaine. De Bowling for Columbine, virulent manifeste anti-NRA, au dernier-né Sicko, qui dénonce les inégalités sociales face au système de santé américain, en passant par Fahrenheit 9/11, pamphlet critiquant l’intervention américaine en Irak, partout le réalisateur milite, personnifiant lui-même les idées qu’il défend. Et l’on commence à comprendre l’importance de la forme et son influence sur le fond… Moore ne se contente pas d’apporter son point de vue : si l’on en croit les deux auteurs de Michael Moore, polémique système, il manipule les témoignages et les chronologies pour abonder dans son sens.

D’autres avaient déjà évoqué par le passé des interviews évincés, des calendriers habilement corrigés et autres “malversations” éthiques. Ce document nous apporte même la preuve que l’entretien que Michael Moore n’a, prétend-il, jamais décroché avec le fameux Roger-General-Motors a bel et bien eu lieu, et deux fois encore. Pourquoi alors ne l’avoir pas intégré à son film ? Parce que cela aurait, selon Moore, nuit à son propos, à savoir parler pour les petits, les sans-grades, tous ceux dont l’avis importe peu aux médias et autres politiques en place. Et l’intégrité dans tout cela ? Ces reproches, nul ne songerait à les faire si le réalisateur se présentait comme un adepte de la fiction. Qui songerait à reprocher au téléfilm HB : Human bomb (récemment diffusé sur France 2) son angle un rien déifiant quand il se proclame lui-même docu-fiction ? Le mélange des genres ne dérange que quand on sous-entend qu’il s’agit de la vérité toute nue. Les films de Moore sont-ils, pour autant, mauvais ? Bien sûr que non, mais, devant la somme des preuves rassemblées par Melnyk et Caine, on est vite étourdi par la conviction que, pour le héraut des progressistes, la fin justifie forcément les moyens. La critique se fait moins acerbe, et l’on se demande qui, des républicains ou de Moore, est le plus calculateur…

Documentaire - 22.50

 

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