Something Stupid
Par Miguel • Le 27 décembre 2007 • Catégorie : MusiqueRufus Wainwright live - Vendredi 28 décembre sur Arte
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Rufus Wainwright le dit lui-même, dans un français qui lui rend une voix parlée moins nasillarde qu’à l’habitude : « Aux Etats-Unis, je suis le Judy Garland mâle. »
Héritage Somewhere Over The Rainbow de son enfance passée à chanter pour les invités sur la demande de sa mère, mais aussi preuve d’humour sans doute un peu amer concernant la réception que certaines régions du Monde peuvent avoir d’une minorité avouée comme Rufus.
Néanmoins, Rufus : ok tu es mignon comme tout, ok tu possèdes un timbre de voix tout à fait original, ok tu composes des choses bien agréables à entendre, ok tu as du génie, ok je vous invite tous à écouter les chansons de Rufus, mais.
Mais vire-moi Elton John de ton costume (peut-on être pédé et écrire des chansons pop sans s’en référer à Sir Elton John systématiquement ?), oublie de chanter en latin (on va décider tous ensemble qu’il y a des moyens plus directs de s’exprimer et de faire trembler les bigottes de l’Arizona) et surtout, surtout, prends en considération ce qui suit.
Pourquoi, mais pourquoi, quand un jeune chanteur (craquant) déclaré homosexuel, pourquoi, oui pourquoi, n’écrit-il jamais en conséquence une chanson légère pour dire “Miguel, je t’aime du plus profond de mon cœur” ?
Pourquoi, quand Antony Hegarty l’invite à chanter en duo, n’y entend-on que l’inverse de ce qu’on voudrait ? Soit un duo d’amoureux, pas une complainte (de la butte) sur l’âpreté de la vie.
Allez, juste something stupid, like I love you.
Rendons à Rufus ce qui est à Rufus : il parle les choses ouvertement, il les chante parfois, il est touchant quand il reprend Across The Universe avec Sean Lennon et Moby, il assume vraiment beaucoup de choses comme un grand, dans tout ce qu’il a à assumer (pédé, fils de, américain, démocrate – on rend à Rufus ce qui est à Rufus j’ai dit).
Mais qu’on m’explique : est-ce bien suffisant de chanter que la fille était amoureuse de son prof d’arts plastiques avec une voix d’homme pour suggérer quelque chose d’un peu subversif ?
There I was in uniform
Looking at the art teacher
I was just a girl then
Never have I loved since then
[…] No, never have I loved any other man.
(The Art Teacher, in « Want Two »)
Je vais vous avouer une chose : en entendant cette chanson, je me suis dit que Rufus Wainwright se sentait fille à cette période de sa vie et que son amour pour son prof était le plus grand amour platonique de toute son existence passée et peut-être à venir. Ce que je n’avais pas grand peine à comprendre, pour l’avoir vécu moi-même en ces termes exactement.
Et puis un article de presse est venu tout contrarier, il y était écrit que la chanson racontait les amours d’une jeune lycéenne. Et j’ai soudainement décollé l’étiquette de la chanson, celle que je m’étais faite avec mes petites mains et mon petit cœur à la maison. En l’occurrence, qui dois-je croire ?
Je sais, Rufus chante qu’il est le Gay Messiah, il avoue même être un One Man Guy, il va jusqu’à choquer ses compatriotes avec des mises en scènes un peu nazes de mises en croix sur scène, mais bon, bon, bon, il est où mon duo d’amoureux ? Un vrai duo de deux garçons qui s’aiment, juste un. Et puis dix. Jusqu’au progrès d’imaginer qu’un hétérosexuel fasse une reprise d’un morceau créé par une personne de l’autre sexe sans en changer le texte. Juste pour chanter une chanson, sans craindre d’entacher son image en semant le doute et la suspicion sur sa bonne sexualité. Etre un homme et chanter L’Amant de Saint-Jean sans en changer les mots par exemple (merci Tue-Loup, pas merci Patrick Bruel).
Mais Rufus. Est-ce suffisant de demander vaguement qui sera au rendez-vous sur un hypothétique lieu de drague pour satisfaire les plus homosexuels d’entre nous en cruel manque d’identification ? Come on, Rufus, même quand tu écris une ritournelle pour Brokeback Moutain, tu y mets la distance nécessaire pour avoir l’air finalement de ne pas y toucher.
Oui je suis mauvais joueur, Rufus Wainwright annonce la couleur sans arrêt, il est très touchant pour ça. Mais je le veux mon duo roucoulé.
Revenons sur deux mots employés plus haut : pourquoi serait-ce encore subversif d’imaginer un duo d’hommes se déclarant leur amour réciproque ? The Dull Flame Of Desire entre Björk et Antony, ça ne peut pas exister entre Antony et Rufus ? Et puis, pourquoi devrait-on se contenter d’une hypothétique et vague suggestion de sentiments et de sexualité partagée par endroits ? Par moments ? Par brefs éclairs de rencontres discrètes dans le noir ou dans un coin reculée de la ville ? C’est quand un album complet de duos de mecs qui se disent qu’ils s’aiment à tort et à travers tout au long de l’album ?
C’est quand la chanson de Troy à Jorge, de Paul à Pierre, de Thor à Yukio, filant de notes en notes pour dire « Jorge ou Pierre ou Yukio, je t’aime je t’aime je t’aime ».
And afterwards we drop into a quiet little place
And have a drink or two
And then I go and spoil it all, by saying something stupid
Like: I love you.
Pourquoi l’écouter uniquement repris par Robbie Williams et Nicole Kidman ? Rufus, toi et moi, on en fait une reprise l’année prochaine ?
Concert - 23.50
