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Les Tueurs de la lune de miel

Par sherazade • Le 9 décembre 2007 • Catégorie : Film

Les Tueurs de la lune de miel - Jeudi 13 décembre sur Arte

 

Note :

Ecce homo : pour la première fois, il songea à ce qu’il venait de faire. Comment en étaient-ils arrivés là ? Il n’aurait su le dire. Il n’avait pas eu l’intention de la tuer. Il voulait juste la faire taire. Lui clouer le bec. Mais elle n’arrêtait pas de gémir. Il frissonna, sanglotant à la pensée de leur acte odieux. Commis par ces mains-là. Il les regarda, ses mains tachées de sang. Et sa chemise. Et sa poitrine. “J’en suis couvert. Je baigne dedans”, dit-il d’une voix chevrotante de dégoût.

Il y a quelques années, lorsque j’ai lu ces mots sur une quatrième de couverture extraites d’une étagère poussiéreuse, j’ai aussitôt ramené ce trésor dans mon petit studio étudiant, sans savoir encore que j’allais y suivre un récit criminel à la valeur littéraire rarement égalée. Partant de faits réels qui avaient ébranlé les Etats-Unis durant les fifties, habitués à vivre dans la peur des vilains communistes mangeurs d’enfants, mais peu préparés à voir l’ennemi se déclarer en son sein, Paul Buck y retraçait le parcours insensé d’un couple hors du commun. Le pitch ?

Une infirmière obèse et un gigolo s’unissent pour spolier de leurs économies les veuves un peu mûres et les vieilles filles solitaires. Leur itinéraire sanglant, la monstruosité de leurs crimes et la passion qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre ont choqué profondément l’Amérique.

tueurs.jpgLe roman, car il s’agit bien d’un roman, s’appuyait sur des faits avérés pour mieux nous faire pénétrer dans la psyché imaginaire de deux monstres repus d’un amour difforme et anthropophage, sans cesse aiguillonné par la jalousie. Mais quelques mots dans l’appendice aiguisaient la curiosité : le livre avait été réécrit et complété après la sortie d’un film. A l’époque, Paul Buck avait cherché, d’une part, à coller de plus près au long métrage et, d’autre part, à le compléter en y apportant quelques détails qui n’avaient pu être développer en 106 minutes. Des ingrédients exotiques mais véridiques, comme le culte vaudou du criminel, ou des précisions tirées des minutes du procès, comme les lettres que s’échangèrent les deux inculpés. De quoi donner envie de le voir, ce fameux film, pour vérifier si son atmosphère générale était à la hauteur de celle, vénéneuse, insidieusement distillée dans les quelques 200 pages du livre. Et c’est chose faite grâce à Arte, et à son extraordinaire case Ciné-trash, qui regorge d’incongruités télévisuelles rafraîchissantes.

Très loin des biographies de serial-killers devenus aujourd’hui monnaie courante, l’œuvre de Leonard Kastle, qui date de 1970, cherche avant tout à pénétrer une relation de couple hors du commun, qui envahit les deux “héros” à la manière d’un cancer qui les gagnerait peu à peu, métastasant tout leur organisme, avant de s’attaquer au monde qui les entoure. Cette liaison monstrueuse prend progressivement le pas sur leur personnalité : semblant douée d’une volonté propre, elle apparait rapidement comme la seule véritable instigatrice des drames qui se jouent autour d’eux. A l’origine, le film devait être mis en scène par un jeune inconnu, un certain Martin Scorsese. On n’ose imaginer ce qu’il serait alors devenu… Pourtant, la caméra de Kastle, dont c’est la seule réalisation à ce jour, crée une intimité troublante. Subjective, invasive, elle s’introduit pernicieusement dans le couple, nous transformant plutôt en voyeurs qu’en témoins. De l’intimité de Ray et Martha, la caméra ne laisse que des lambeaux éparses, nous entraînant au cœur d’un couple devenu une entité distincte, une tumeur que la société tente vainement d’évacuer hors de son écrasante carcasse.

Si le film n’est pas tout-à-fait à la hauteur du livre, il s’agit malgré tout d’une œuvre singulière et malsaine, qui, de part la relation incestueuse qu’elle entretient avec son sujet, place le spectateur dans une position inédite. Une raison en soit bien suffisante pour le regarder.

Film - 0.35

 

 

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